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"Le management
interculturel peut aider à surmonter les risques d'échec
des fusions acquisitions"
Priscille Glad,
Comenius
Insensiblement, le management
interculturel s'impose dans le paysage français du conseil.
L'idée ? Identifier les différences de culture et
d'approche entre les décideurs et les salariés de
différents pays et leur apprendre à travailler ensemble.
Le développement des fusions acquisitions, et parfois leur
échec, a révélé de nouveaux besoins
en gestion des ressources humaines que les entreprises ont toutefois
encore bien du mal à formuler clairement. Alors, les consultants
doivent être à l'écoute. Interview de Priscille
Glad, formatrice-consultante (spécialiste) en management
interculturel, notamment au sein du cabinet Comenius.
- Le management interculturel
fait l'objet de nombreux colloques et manifestations. Plusieurs
spécialistes en sociologie des organisations y ont consacré
des ouvrages. Malgré cette promotion, le phénomène
est encore mal connu des responsables d'entreprises. Quelle définition
concrète peut-on donner du management interculturel ?
Priscille Glad:
Au risque de vous surprendre, je dirais que le management interculturel
c'est avant tout un état d'esprit ! D'après moi, avant
de discuter définition normative et périmètre
de marché il faut d'abord saisir l'esprit du management interculturel.
Cet esprit est fait d'empathie, c'est-à-dire d'ouverture
aux autres, d'écoute, de la volonté d'agir ensemble
en s'enrichissant des différences, d'une prise de conscience
de sa propre culture et d'un regard sur son propre fonctionnement;
Faire collaborer positivement des individualités d'origine
et culture différentes au sein d'une même organisation
est tout l'enjeu du management interculturel?.
- Sans doute. Mais
l'intégration des économies, liée à
la mondialisation des grands marchés n'aboutit-elle pas à
une standardisation de la gestion d'entreprise, remettant en cause
l'intérêt même du management interculturel ?
P.G : Bien évidemment,
la rationalité économique est la même à
Londres ou Milan. Pourtant, j'ai pu constater que même sur
des aspects aussi objectifs en principe que le reporting financier,
il existe des différences entre pays sur la manière
de présenter ou d'interpréter les données.
La France et l'Allemagne sont des pays assez proches. Et pourtant,
jusque dans la manière de conduire les réunions, comme
me l'a confirmé le directeur financier d'une grande entreprise
européenne de solutions d'archivage de documents, les pratiques
diffèrent.
En Allemagne, on respecte la règle tacite de ponctualité
et on fait systématiquement un compte rendu de réunion
remis à tous les participants. Les Français ont un
manque proverbial de ponctualité et n'hésitent pas
à sortir de l'ordre du jour et élargir le cadre des
débats, ce qui est parfois très positif ! Aux Etats-Unis
on utilise beaucoup l'humour pour commencer une réunion,
une présentation, alors que le Français est plus volontiers
rouspéteur et enclin à traiter toute question un peu
dérangeante par l'objection systématique. Dans les
pays de l'Europe du Nord, on évite de s'opposer frontalement
en disant par exemple " peut-être pourrais-tu/pourrions-nous
"
- Ces remarques ne
reviennent-elles pas à souligner les différences de
mentalités anglo-saxonnes et latines ?
P. G : Même
entre des pays apparemment proches comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis,
des adaptations et des réajustements s'imposent constamment
et ce ne sont pourtant pas des pays latins. En fait, avant de créer
des synergies entre les équipes internationales, il faut
d'abord savoir identifier ses propres systèmes de valeur
et les comportements spécifiques à la culture de chacun.
- Selon vous, l'échec
de certaines fusions acquisitions internationales s'explique-t-il
par le manque de préparation des collaborateurs de plusieurs
nationalités à travailler ensemble ?
P. G : Plusieurs
consultants en stratégie ont révélé
que plus de 30 % des grandes fusions acquisitions échouent.
Les aspects stratégiques ou commerciaux ont bien sûr
une grande importance. Mais je suis convaincue que la non prise
en compte de la dimension du au management interculturel explique
beaucoup de choses.
- Les entreprises
sont-elles conscientes de cette carence managériale et savent
l'exprimer avec précision ?
P. G : C'est justement
tout le problème ! Les managers n'en viennent à prendre
en compte les paramètres culturels uniquement lorsqu'ils
ont épuisé l'analyse de tous les autres facteurs de
dysfonctionnement. Ils se tournent alors et parfois trop tard vers
les cabinets de conseil en management ou de ressources humaines
mais sans toujours bien savoir préciser la nature de leurs
besoins. Les consultants doivent alors se livrer à une évaluation
très fine de la situation. Parfois en vain
s'ils interviennent
trop tard.
- Et pourtant, quand
une entreprise projette par exemple de créer une filiale
au Japon, elle commence par créer un système de veille
sur le pays convoité, multipliant ainsi les données
économiques, sociales, etc. Il existe d'ailleurs des cabinets
spécialisés dans ce type de prestation. Qu'en pensez-vous
?
P. G : Cette
initiative est importante et fournit des critères quantitatifs
appréciables pour guider l'action, mais dans le meilleur
cas, cette démarche n'est qu'une préparation générale
au management interculturel. Le pire écueil pour un décideur
serait de penser avoir tout compris de la mentalité d'une
pays, uniquement après avoir assimilé un rapport de
veille, même de grande qualité. Comment réagira-t-il
, lui, dans ce pays?
- A votre avis, quand
le management interculturel va-t-il se structurer en tant que marché
?
P. G : Tout dépendra
pour l'essentiel de l'action développée par les cabinets
de conseil et notamment les grandes références du
secteur qui, par nature, travaillent essentiellement pour les grands
comptes internationaux.
- Les grandes missions
de conduite des fusions acquisitions devraient être-elles
assorties de prestations de management interculturel ?
P.G : C'est sans
doute une piste à explorer. Mais, dans le prolongement du
management interculturel, les décideurs doivent comprendre
que toute fusion, même réussie, est synonyme de perte
d'identité et de deuil pour les collaborateurs concernés.
C'est spécialement vrai quand, par exemple, un groupe industriel
d'un pays rachète un site de production localisé dans
un autre pour le restructurer.
Dans ce cas, et la presse s'en fait régulièrement
l'écho, les résistances au changement sont nombreuses.
Le management interculturel prend alors toute sa dimension, car
les analyses économiques ne garantissent pas le succès
d'un projet.
Propos recueillis par
Gilles PROD'HOMME
Priscille Glad, formatrice
et consultante en management interculturel
Cette spécialiste du développement professionnel et
personnel qui a vécu 8 ans aux Etats-Unis, forme depuis plusieurs
années consultants et décideurs au management interculturel.
Elle est intervenue entre autres, auprès de diverses organisations
comme PwC ou la Commission Européenne et collabore notamment
au cabinet Comenius spécialisé dans les techniques
de management (coaching, communication et développement des
ventes).
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